26 octobre 2009 1 26 /10 /octobre /2009 00:44
On a vu récemment fleurir un grand nombre d'articles concernant le collège unique, notamment à l'occasion d'un débat entre Bernard Kuntz (Snalc) et Philippe Meyrieu (spécialiste des sciences de l'éducation).

Voici par exemple celui du Figaro (il y avait aussi sa "copie" dans le Monde), qui révèle à quel point ce débat, vieux de 30 ans, peut facilement tourner au dialogue de sourds.

Et pourtant, comment remettre en question la nécessité d'un socle de connaissances commun à tous les citoyens de ce pays. On ne peut  penser sérieusement qu'il est acquis à 13 ans et il paraîtrait tout simplement odieux d'en exclure une partie de la population.

Un bon niveau d'études et des diplômes sont (en dehors du népotisme...) le moyen le plus fiable pour nos enfants de s'intégrer dans une société de plus en plus compétitive et mondialisée.

Il est essentiel, pour le bon fonctionnement de notre société, de leur garantir un accès équitable au savoir.

Ci-dessous, on trouvera également un appel de 2007, signé par la FCPE, qui exprime ce point de vue.

On pourrait cependant s'interroger sur la difficulté du collège unique à lutter contre l'échec scolaire:

- peut-être les dés sont-ils un peu pipés: certains élèves arrivent en 6ème avec des lacunes importantes. Ne devrions-nous pas investir plus massivement dans l'école primaire (RASED, classes plus réduites...)?

- peut-être certaines difficultés scolaires sont-elles trop rapidement perçues comme des échecs. Il faudrait admettre que des élèves ne sont tout simplement pas prêts à passer au cycle suivant (par exemple, arriver au collège sans une lecture fluide) et qu'il faut les laisser aller à leur rythme, sans les stigmatiser. Inversement, des enfants précoces devraient pouvoir réduire plus systématiquement leurs cycles scolaires. Ce qui aurait pour avantage de redonner un peu d'homogénéité au classes en terme de niveaux,

- Le principe des classes de niveau (raisonnablement) hétérogène n'est pas forcément à condamner. Peut-être n'a-t-on pas suffisamment insisté sur les méthodes d'enseignement qui devraient être appliquées dans ces classes. Comment faire pour que chaque élève y trouve son intérêt et maintienne sa motivation?

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Article du Figaro (06/10/09, lire également l'articledu monde du 17/09)
  • Collège unique : la réforme impossible

    Natacha Polony
    06/10/2009 | Mise à jour : 10:36
    | Commentaires 88 | Ajouter à ma sélection
    En 2001 et 2002, 62 % des professeurs de collège pensent alors qu'il faut abandonner le principe du collège unique.
    En 2001 et 2002, 62 % des professeurs de collège pensent alors qu'il faut abandonner le principe du collège unique.

    Créé par la loi Haby en 1975, il est remis en cause par de nombreux enseignants.

    De l'argent et des ca­deaux pour lutter contre l'absentéisme, des brigades volantes pour prévenir la violence, des heures de soutien par centaines pour limiter l'échec scolaire : dans chaque académie, dans chaque collège, on invente des dispositifs censés éviter une explosion que tous pressentent comme imminente. Depuis trente ans, tout, ou presque, a été tenté pour sauver un système dont les effets pervers sont de plus en plus dramatiques. Le collège unique repose sur l'idée qu'il faudrait, jusqu'à la fin de la scolarité obligatoire, proposer le même enseignement, au même rythme, à tous les élèves. Ceux qui entrent en 6e en grande difficulté seront donc amenés au forceps jusqu'à la 3e, au nom, bien sûr, de l'égalité. Une fatalité ?

    Discrètement, mais sûrement, les sénateurs viennent de jeter un énorme pavé dans la mare. Dans un amendement au projet de loi orientation-formation, adopté le 23 septembre, ils ont imaginé un «sas» de préapprentissage pour les élèves de 15 ans au moins. Réaction immédiate du SE-Unsa, syndicat d'enseignants du secondaire : il s'agirait d'une «grave atteinte au principe républicain de la scolarisation commune qui montre à quel point le combat pour le collège unique n'est pas terminé». Ou comment le Sénat s'aventure sur un terrain que le ministère de l'Éducation nationale avait soigneusement évité.

    De fait, entre la réforme du primaire et celle du lycée régnait un vide étonnant.

     

    Plus exactement, la direction de l'enseignement scolaire voit dans l'adoption par la loi d'orientation de 2005 du «socle commun de connaissances et de compétences» (réclamé du rapport Bourdieu de 1984 au rapport Dubet de 1999) l'alpha et l'oméga d'une modification du collège. Enfin, celui-ci aurait une finalité propre, celle de délivrer une culture commune aux futurs citoyens au terme de la scolarité obligatoire. Pour ses adversaires, il s'agit surtout de masquer la catastrophe en remplaçant l'évaluation des savoirs disciplinaires par des compétences vagues.

    Des années durant, le collège fut dénoncé comme «le maillon faible du système», en particulier par ceux qui voulaient à tout prix exonérer le primaire de sa responsabilité dans l'échec scolaire. Le collège était victime des inégalités sociales, de la violence… C'est-à-dire de facteurs exogènes. Un dogme qui permettait de préserver le collège unique, devenu depuis sa création par René Haby, ministre de Valéry Giscard d'Estaing, l'étendard des progressistes. Pourtant, en 2001 et 2002, des sondages montrent que les profs de gauche n'y croient plus. 62 % des professeurs de collège pensent alors qu'il faut abandonner le principe du collège unique. Pis, 73 % des enseignants de moins de 35 ans y voient un «objectif irréaliste». Depuis, plus de sondage. Et une situation qui se dégrade d'année en année.

    Dans un petit livre paru chez Magnard, Bernard Kuntz, président du Syndicat national des lycées et collèges (Snalc), et Philippe Meirieu, pape des sciences de l'éducation, répondent à la question : faut-il en finir avec le collège unique ? Le second plaide pour l'unicité du système, expliquant que «le projet d'une école vraiment républicaine est là : il ne s'agit pas seulement de juxtaposer des apprentissages individuels, aussi réussis soient-ils, il faut que ces apprentissages permettent d'apprendre à construire du collectif». Mais au vu des résultats, violence, décrochage massif, absentéisme, il semble que les apprentissages, individuels comme collectifs, soient loin d'être réussis. «Le collège est au bord de l'explosion, s'énerve Bernard Kuntz. Nous fabriquons des générations d'illettrés. Il est devenu impossible de le masquer ; d'ailleurs, même François Dubet (sociologue et fervent défenseur du collège unique) en a convenu.»

     

    «Classes ingérables»

    Ce qui explique une telle évolution : le collège créé par la réforme Haby n'est pas seulement le produit de la fusion des anciennes filières et de l'allongement de la scolarité obligatoire. Il va de pair avec le dogme de l'hétérogénéité des classes, censée profiter aux bons comme aux mauvais élèves. L'argument choisi par ses défenseurs consiste à dire que le désastre - qui n'existerait que dans les ZEP - viendrait au contraire de la trop grande homogénéité de ces classes difficiles. «Homogénéité sociale, certes, répond Claire Mazeron, professeur d'histoire-géographie, mais hétérogénéité dramatique du niveau, qui rend les classes ingérables. D'où l'invocation quasi religieuse de la pédagogie différenciée, c'est-à-dire ce que pratique un instituteur de classe unique rurale… et qui ne marche que là.»

    C'est le second dogme, donc, le troisième étant celui de l'unicité du corps des professeurs, qui feraient le même métier de la maternelle à l'université. Le collège unique sert à «primariser» petit à petit l'enseignement secondaire, et à repousser indéfiniment la fin des études pour masquer l'échec. Les syndicats majoritaires plaident d'ailleurs pour un allongement de la scolarité obligatoire à 18 ans, alors même que la limite fixée à 16 ans n'avait pas été accompagnée d'une réflexion sur le sens de cette scolarité. Les solutions existent pour un collège qui propose à chaque élève un parcours à son rythme. 6e-5e en trois ans pour ceux qui sortent du primaire sans les bases nécessaires, classes de découvertes des grands domaines professionnels, techniques et artistiques dès la 4e, 3e en alternance sous statut scolaire pour garantir les connaissances dans les matières générales en même temps qu'une formation professionnelle ; le tout accompagné de passerelles pour rejoindre à tout moment le cursus général.

    «Scolarité obligatoire, peut-être, résume Claire Mazeron, mais pas forcément la même pour tous.» Voilà qui rendrait espoir aux maîtres et aux élèves qui ne trouvent plus de sens au collège.




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Appel pour bâtir le collège pour tous - CSE du 20 septembre 2007 :

Déclaration commune (CFDT, FCPE, FEP-CFDT, FSU, JPA, Ligue de l’enseignement, SE-UNSA, SGEN-CFDT, SI-EN-UNSA, SNEP-FSU SNES-FSU SNPDEN-Unsa, SNUIPP-FSU, UNEF, UNL, UNSA-Education, UNSEN-CGT) - Conseil supérieur de l'éducation du 20 septembre 2007.

Conseil supérieur de l’Education – 20 septembre 2007

Appel pour bâtir le collège pour tous
Le ministre de l'Education nationale a annoncé une disparition du collège unique afin d’en finir, explique-t-il, avec le « formatage » des élèves et de donner plus d’autonomie aux établissements pour s’adapter aux particularités des élèves. Il omet de préciser que le collège unique, c’est l’unicité de la nature des établissements et pas l’uniformité de ce que y est fait. Ce qui est en jeu, c’est la garantie d’un même droit à la scolarité obligatoire pour tous les élèves.
Le collège unique n'existe pas : entre les différentes options, les SEGPA, les classes « découverte professionnelle », les CHAM, les sections internationales ou sport études, etc, les différenciations en oeuvre aujourd'hui débouchent trop souvent sur la création de classes d’élites et de classes de relégation.
Par ailleurs les équipes pédagogiques ont pu parfois mettre en place des dispositifs permettant d'accompagner tous les élèves sur la voie de la réussite. Pour généraliser ces pratiques, souvent hélas mises à mal par les restrictions budgétaires, il faut accorder aux équipes les moyens de fonctionnement nécessaires avec des garanties dans la durée.
Avant le collège unique, instauré par la loi Haby de 1975, existaient trois types de collèges (CES, CEG et CET), puis trois filières séparées (classique, moderne, technique). S’agit-il de revenir à cette sélection précoce que le président de la République récuse par ailleurs ? Associée à la suppression de la carte scolaire, une telle évolution ne pourrait qu’aggraver les inégalités scolaires. Elle serait incompatible avec l’objectif fixé de 50% d’une classe d’âge diplômée de l’enseignement supérieur et entraînerait une régression des résultats (moins 30% d’accès au bac), ainsi que l’ont démontré les études internationales comme PISA.
Nos organisations s’opposent catégoriquement au retour de toute sélection précoce.
Il est urgent que le ministre sorte de l’ambiguïté des slogans et s’engage clairement en faveur de la démocratisation du second degré, à travers l’absence de sélection, l’hétérogénéité des classes et l’acquisition par tous d’un ensemble commun de connaissances et de compétences que l’école s’engage à faire acquérir à tous les élèves.

Organisations signataires : CFDT, FCPE, FEP-CFDT, FSU, JPA, Ligue de l’enseignement, SE-UNSA, SGEN-CFDT, SI-EN-UNSA, SNEP-FSU SNES-FSU SNPDEN-Unsa, SNUIPP-FSU, UNEF, UNL, UNSA-Education, UNSEN-CGT.

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