21 mai 2010 5 21 /05 /mai /2010 12:28

 

 

COMMENT PUNIR DE MANIERE EDUCATIVE ?

 

Ce titre interpelle. Si l’on se réfère à l’étymologie d’une part et aux valeurs éducatives actuelles d’autre part, éducation et punition semblent « incompatibles ».

 

Etymologie

 

Education : de  ex ducere : mener, conduire hors de (hors de la famille, de la maison), conduire vers l’autonomie et l’indépendance, l’émancipation donner les moyens à nos enfants de s’éloigner de nous pour vivre leur propre vie

Punition : de punitio, châtiment, châtier, venger, faire subir une peine en expiation d’une faute. On est plutôt du côté de la soumission, de la douleur ou souffrance infligée.

 

Valeurs éducatives idéales actuelles :

 

Nous sommes passés des familles statutaires, fortement hiérarchisées aux familles relationnelles, dans lesquelles chacun est considéré comme une personne, dans lesquelles l’amour, l’affection, les sentiments sont un ciment très fort ; d’une autorité héritée, à une autorité négociée ; des valeurs centrales d’obéissance, de discipline, d’étouffement de l’égoïsme, à un contexte où l’individu, son épanouissement, son génie personnel, son initiative, sont valorisés. Il y a quelques générations « les adultes se contentaient d’être respectés », aujourd’hui l’exigence de l’amour réciproque, exigence tyrannique, rend les relations éducatives au sein de la famille très complexes.

 

Pourtant, face aux idéaux actuels, nombre d’adultes, de familles se disent démunis face aux comportements provocateurs, transgressifs , opposants des enfants et ados et interrogent ces nouveaux modèles éducatifs. Qu’est ce que discuter avec un enfant ? Jusqu’où peut aller dans une négociation ? Que reste-t-il quand on a l’impression d’avoir tout essayé pour faire cesser tel comportement ? Comment retrouver son calme lorsque les conditions d’existence, de travail nous malmènent ? Telle ou telle façon de faire, inventée dans le quotidien qui exige de la créativité permanente, relève-t-elle du chantage affectif et est elle « acceptable » ?

Dans quelle mesure, dans quelle conditions une punition peut elle être éducative c’est à dire guider l’enfant vers la responsabilité, la vie et les choix autonomes, la vie adulte ?

 

Distinguer deux termes permet de se situer par rapport à ces questions :

 

Punition : elle condamne un acte, vise l’empêchement de la satisfaction d’un acte et l’obéissance à l’adulte.

La punition a souvent un lien avec celui qui la donne plus qu’avec la faute elle-même. Et l’enfant le sent. Elle est prise plus en fonction du retentissement,  de la résonance chez celui qui découvre la transgression que de  ce qui s’est passé.

La punition avec sévice, privation s’appuie sur l’illusion que cette privation ou la douleur débouchera sur une prise de conscience salutaire et un changement de conduite.

Ce qui est rarement le cas.

En effet, si la punition règle parfois dans l’urgence la situation, elle soumet à court terme, en apparence, et ne permet pas forcément l’intériorisation, ni la compréhension du comportement attendu ; elle peut développer une soumission de façade avec fuite et évitement et des transgressions déplacées ; susciter une obéissance liée à la peur et donc dépendante des situations (dès que celui ou ce qui fait peur n’est plus là le comportement recommence), elle ne développe pas le sentiment de compétences et de confiance en soi car ne sont visés que les comportements négatifs.

 

Sanction :

Les 3 buts de la sanction :

stopper le fantasme de la toute puissance

responsabilisation, imputer au fautif la responsabilité de son acte

réhabiliter la règle pour préserver l’intégrité du groupe

 

Ici l’adulte ne fait « que » rappeler la réalité. Le rappel de la réalité sert de balise pour s’entraîner à se contrôler face à la pression de ses désirs.

 

Punition ou sanction seront « éducatives » si :

- elles sont lisible, prévisible, équitable, proportionnelle, et, pour le petit enfant, rapide (sinon il ne peut en comprendre le sens), individualisée.

-  si elles sanctionnent la transgression d’un interdit clair, connu, formulé , a du sens.

- si elles changent quelque chose vers plus d’autonomie, plus de responsabilisation,  plus d’adaptation.

- si l’on parvient à tenir de ce que l’on dit, à dire ce à quoi on tient, à donner  de la valeur aux mots et aux engagements ; à aller au bout de ce que l’on a décidé et pouvoir expliquer un changement de position éventuel.

- si elle prend en compte l’état émotionnel de l’enfant et son âge réel : ainsi il est astucieux de parfois différer son intervention, le temps par exemple que l’enfant se calme, pour pouvoir se faire entendre.

Elles doivent absolument être différentes de la bêtise ou transgression elle-même, prendre une autre forme, elle ne peut pas être symétrique.

Il paraît important de penser à demander, exiger et pas seulement priver ou interdire, ce qui permet alors de dire ce qu’il convient de faire, de montrer qu’ il existe d’autres solutions plus adaptées, plus justes, plus simples, que celle qui a été « choisie » par l’enfant.

Lorsqu’il y a eu préjudice la réparation est intéressante car elle permet à l’enfant de se réhabiliter.

Les vertus éducatives de la sanction et des demandes adressées aux enfants ne peuvent être pleinement que si elles se conjuguent, dans le quotidien à la valorisation, l’appréciation des attitudes attendues.

Certains actes posés par les adultes ne visent pas l’éducatif mais la contenance : lorsque l’enfant est trop agité, débordé par sa colère ou son émotion, refaire enveloppe autour de lui permet souvent de l’apaiser.

 

Une sanction  dans laquelle on use de l’humiliation est contraire au respect de l’enfant ainsi qu’à tout projet éducatif. Il est nécessaire renoncer au spectaculaire, à la mise en scène, de jouer sur la peur (dans le cas contraire attention au ressentiment, à la perte de confiance en les adultes qui ne peuvent plus être des soutiens)

 

 

Ce que cela nous demande, à nous, adultes :

 

Se rappeler que l’enfant est en développement et que erreur, oubli, laisser aller (qui est tout à fait normal avec les parents) font partie de cet apprentissage, qui sera long et chaotique.

Que grandir c’est se différencier, s’affirmer et pour se faire s’opposer, à tous les âges de la vie. Si l’opposition nécessite qu’on intervienne, il ne faut pas lui donner toujours trop d’importance. Ainsi exercer son autorité demande de se sentir suffisamment séparé psychiquement de son enfant pour pouvoir supporter sa colère et sa déception. De ne pas en être trop dépendant affectivement pour pouvoir supporter ses attaques et ses « je ne t’aime plus », bref une certaine capacité à dédramatiser et à prendre du recul. De prendre conscience de l’admiration, de la fascination qu’exercent sur nous nos enfants, curieux, spontanés, pertinents, « craquants »….et qui nous déstabilisent intérieurement.

 

Nous avons besoin de patience, de discernement entre ce qui se passe, ce que ça me fait (vécu émotionnel), ce que je comprends. Lorsque tout est intriqué on ne voit plus la situation telle qu’elle est et les mots manquent : ils manquent de fermeté, de clarté, de calme, ils manquent tout court et restent l’exaspération et la disproportion de nos réactions.

Nous avons besoin d’accepter de baisser les armes et de ne plus jouer le rôle complémentaire de celui « qui se fâche », de celui « qui s’énerve » ou qui veut avoir le dessus quand le conflit devient presque un rituel relationnel et que la répétition des actes et des paroles court-circuite les possibilités de penser, de sentir.

 

Le ronchonnement, l’expression du déplaisir sont normaux et tout va bien si les consignes sont respectées. Cela signifie que l’enfant sent ses parents capables de les entendre, de les supporter (ce qui est bon signe) et c’est une soupape de sécurité. On pourrait dire que la famille est comme des coulisses dans lesquelles se répète, avec erreurs, râtés… ce que l’enfant aura besoin de connaître et d’utiliser sur la scène de la vie sociale. Cela nécessite, comme au théâtre, beaucoup de répétitions pour permettre l’intériorisation qui seule aboutira à l’auto contrôle. Sans intériorisation l’enfant aura alors besoin de se confronter en permanence. Il a besoin de la bienveillance du metteur en scène, des autres acteurs….

 

Cela exige des adultes de repérer ce qui est important et ce qui l’est moins, et de l’exprimer afin de transmettre des valeurs et non d’exercer seulement un pouvoir.

Cela nécessite d’oser dire à l’enfant, à l’adolescent, sans ambiguïté, en toute authenticité son inquiétude, son malaise.

 

 

Parfois opposition, comportement conflictuel sont récurrents : qu’est ce que l’enfant, l’ado n’arrive pas à dire ou affronter autrement ? Qu’est ce que cela masque qui ne peut pas se dire avec les mots ? Qu’est ce qui, dans sa place dans la famille ne lui convient pas ou plus ?

Parfois encore , le « perturbateur » de la famille la protége, à sa manière : l’enfant préfère être le sujet de querelle car les difficultés autour de son attitude, maintient ses parents unis.

Parfois enfin c’est un bon moyen de « réveiller » un parent déprimé. Il y a là quelque chose à comprendre.

 

Très souvent les affrontements réguliers avec l’un ou l’autre parent (et l’enfant, qui les connaît bien, va utiliser le comportement qui lui semble le plus apte à toucher celui/ceux qu’il vise) montre que quelque chose dans la relation est difficile et demande à être parlé ou médiatisé par l’autre parent.

 

Dans ces situations, tentatives indirectes et maladroites de l’enfant ou de l’adolescent d’exprimer un malaise transitoire ou plus durable , il semblerait bien que les punitions ou les sanctions ne soient pas très pertinentes.

 

 

 

 

 

Quelques numéros utiles

 

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Jeune Violence Ecoute    0800 20 22 23

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commentaires

Astuces famille 27/01/2014 16:09

je vous remercie beaucoup pour le partage de ces conseils très intéressant qui vont sûrement aider tous les parents

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